mercredi 16 mars 2011

Le Fanorona


Le Fanorona semble être issu du jeu d'Alquerque, un jeu originaire des pays arabes et datant de plus de 3000 ans. L'Alquerque amené à Madagascar par les commerçants arabes devint le Fanorona vers le 17-ème siècle ou même plus tôt.

Le Fanorona est un jeu de stratégie typique de Madagascar. Le jeu n'a rien à voir avec les Echecs par exemple, où l'échiquier est un véritable champ de combat et les protagonistes n'hésitent pas à sacrifier les pions et les pièces pour mater le Roi adverse. Le Fanorana se joue dans le même esprit, relativement pacifique, que le jeu de Go ou le jeu de Dames. Celui qui gagne la première partie doit donner une revanche (vela) à son adversaire.

Il y a trois variantes du Fanorona. La plus simple, jouée avec une grille 3 x 3 est appelé Fanoron-Telo. La seconde variante, Fanoron-Dimy, est jouée sur une grille 5 x 5 identique à celle de l'Alquerque. Enfin le plus grand et le plus connu est appelé Fanoron-Tsivy ou tout simplement Fanorona, il se joue sur une grille de 5 x 9 voir la photo prise au cours d'une randonnée.

dimanche 13 mars 2011

Affluence dominicale sur les lieux de culte traditionnel (Doany) nombreux autour d'Antananarivo.






En Imerina, comme partout à Madagascar, la famille est la cellule sociale, garante de l'ordre établi, humain ou divin, autrement dit, de la tradition. Selon le Pr Gerald Donque, en 1968, la religion ancestrale croit en l'existence d'un Dieu créateur (Andriamanitra, Andriazanahary) "qui s'est désintéressé de sa création" et de dieux secondaires- "qui interviennent constamment dans l'action des hommes" ("Vazimba", fétiches ou idoles, ancêtres (Razana)...) à la puissance extraordinaire.
Ce sont ces divinités qui gardent l'ordre établi et punissent ceux qui le transgressent. Elles mêmes sont protégées par toutes sortes d'interdits (fady) intangibles, dont la violation entraîne une sanction sévère. "Ainsi sont limitées l'initiative et la liberté des humains, aussi bien dans le temps (jours fastes et jours néfastes) que dans l'espace (lieux sacrés) et le comportement (interdictions ou obligations diverses)".
Celleci se traduit sur de nombreux plans. D'abord, dans la vie quotidienne : "manger accroupi au sol, port du lamba chez les femmes, du malabar chez les hommes, absence de chaussures, souhaits et répliques stéréotypés à toute occasion". Ensuite dans la mentalité : "nostalgie d'un passé plus ou moins idéalisé et représenté comme l'Age d'or, discrétion parfois assimilable à de la passivité ou de l'indifférence, respect d'autrui et plus encore des personnes âgées, dont les paroles et les actes sont forcément bons et vrais...".
"Un des aspects les plus intéressants de ces croyances est la persistance des cultes traditionnels, malgré l'appartenance de leurs fidèles au christianisme". Ces cultes se déroulent en certains lieux, autour d'une pierre, d'un arbre, d'une source, considérés comme sacrés, souvent réputés comme sacrés, souvent connus pour abriter des "Vazimba" ou les mânes d'ancêtres.
C'est là qu'à diverses périodes, des sacrifices ont lieu "le sang ou la graisse d'une volaille servant à oindre la pierre, par exemple", des offrandes sont déposées (miel, fruits, pièces de monnaie...), "des danses et des chants accompagnés de gestes et de postures empruntés aux religions s'y déroulent...".

lundi 21 février 2011

Taxi-be story

Andrian Ndzack signe dans L'Express de Madagascar du 21 février un article plein d'humour qu'il consacre aux taxi-be ("be" signifie grand), la variante urbaine du taxi-brousse. On y sent le vécu...
Les photos par contre sont prises sur mon chemin domicile-travail.

Ces taxi-be nommés délires

La semaine dernière, ont été inaugurés de la manière la plus officielle qui soit, de nouveaux abris-bus, sur la ligne 119 qu’on désigne pilote du projet. Pour ma part, à un moment donné, j’ai pensé à une chronique culturelle journalière que j’aurais alors baptisée « Taxi be story ». Car il me suffit l’expérience quotidienne de ce moyen de transport urbain pour, toujours, discerner dans le lot des trajets que j’y fais un thème forcément captivant. Le taxi be est un lieu commun où s’interagissent des personnalités issues de couches diverses, un forum où s’échangent des commentaires des plus inattendus, des points de vue des plus variés. Du médiocre, en passant par le candide, l’insensé et le farfelu jusqu’au franchement lucide, voire génial... On a tendance à l’omettre, mais le taxi be est une marmite où mijote un vrai bouillon de la culture urbaine contemporaine. On y parle de tout, rarement de rien. Ils s’y entrechoquent autant les tempéraments, les humeurs que les individus eux-mêmes. Parce que prendre le taxi be est une aventure quotidienne, et c’est aussi prendre le risque de rixe.
Inutile de réitérer son degré de nécessité dans nos croisades quotidiennes, les courses effrénées que nous y menons contre la montre. Les lignes des Betax (on les désigne ainsi en verlan) quadrillent tout le réseau routier de la ville et ses périphériques. Dans la mémoire inconsciente, le nom d’un quartier est, généralement, associé au numéro du taxi-be qui y opère. Vu le prix du carburant, des accessoires automobiles même ceux qui possèdent une voiture optent aujourd’hui pour le betax. Pour un moindre coût, on voyage d’un bout à l’autre de la cité. Folklores et autres faits désobligeants en sus.

Parce que le taxi be est une nécessité, et est un mal nécessaire. Je vous rappelle ici quelques particularités qui font l’unicité de ce véhicule urbain. On observe que les passagers ont acquis l’aptitude bizarre de se plier en quatre. Des sièges, prévus dans les normes d’origine pour trois personnes, en accueillent quatre voire plus. Même avec le strapontin - microscopique - posé, je ne peux m’empêcher une moue en voyant entrer dans le mini bus cette dame aux formes plus que généreuses qui vient s’installer à mon côté. Quand elle va se lever pour laisser sortir ou entrer un passager ou, encore, quand le receveur fait une manœuvre acrobatique pour ses transactions, j’ai le reflexe de me protéger le visage ou autres parties du corps pour ne pas avoir à subir un coup ou pire me retrouver face-à-face avec un postérieur… Les receveurs, ou « goals » comme on les appelle, ont développé des techniques pour pallier les resquilleurs, ils en ont adopté une attitude à l’arrogance rare, un langage des plus fleuris… Attention, on ne touche pas aux « chefs », ils sont exemptés de frais de transport, surtout quand ils portent l’uniforme pour prendre le taxi be. Et généralement, le goal est assis sur le « mur », le petit promontoire situé derrière le siège du chauffeur des minibus, pour compléter le versement, il vous cède volontiers la place. Vous devez alors, en plus de vous plier en quatre, vous faire tout petit, vous accommoder de vos genoux coincés entre les jambes d’un vis-à-vis dont vous évitez le regard à chaque fois que le véhicule tangue dans un tournant particulièrement serré que le chauffeur aura pris en quatrième vitesse.

Car en plus de l’exigüité du taxibe, des doses hautement élevées de promiscuité et de relents corporels inconfortables, les passagers se coltinent un remake live de « the Fast and the furious » (Rob Cohen, Universal pictures, 2001) en raison des logiques seulement dépendantes des chauffeurs de ces engins. Les betax, leurs chauffeurs et leur humeur, qui ont troqué leur permis de conduire contre une licence tout permis, véritables causes des bouchons de natures diverses les plus tenaces en ville…
« Taxi be story » et j’en passe… Les formations intensives des chauffeurs et des goals se font dans la tradition locale du « adinodino de mort » (on laisse courir et on oublie). Si je n’ai aucune idée du nombre exact des taxibe, je sais, cependant, qu’ils sont ceux qui enregistrent dans la cité le nombre le plus élevé d’insultes verbales ou non dans une journée – et qui s’y accommodent-. Le taxi be, pourtant, en plus d’être un fait social et de culture, est un espace public.



jeudi 10 février 2011

Le monastère bénédictin de MAHITSY AMBOHIMANJAKARANO


Le monastère de Mahitsy fut fondé suite à l’encouragement du Pape Pie XI de fonder des monastères en pays de mission. L’Eglise n’est vraiment fondée que quand elle compte des maisons de prière contemplative. Avant la guerre, la Pierre-qui-Vire avait déjà fondé au Vietnam Dalat (1936) et Tien-An (1938), puis au Cambodge (1950).

En 1954, la Pierre-qui-Vire envoya 4 moines à Madagascar à la demande des évêques et selon le souhait des Bénédictines d’Ambositra, monastère fondé en 1934 par Vanves. Le P. Abbé Denis Huerre, osb., s’était préalablement excusé de ne pouvoir répondre à la demande du Vicaire Apostolique : le futur monastère ne prendrait pas en charge le petit séminaire de Siloos. Quatre emplacements ayant été proposés, P. Denis avait laissé les 4 fondateurs choisir et l’unanimité se fit sur le site actuel, Ambohimanjakarano, assez éloigné de la capitale (37 km) mais pas trop difficile d’accès.

Le monastère dut néanmoins faire une route, un détour de 15 km étant nécessaire pour y parvenir en saison des pluies. Cette route est maintenant l’axe principal vers le Nord.

Pendant 18 mois les fondateurs furent logés par le collège Saint Michel qui leur prêtait une maison de colonies de vacances. Dès cette époque des jeunes et aspirants sont venus les rejoindre, premier contact avec le monde malgache. C’est en avril 1956 qu'ils se sont installés sur la montagne d’Ankazomby (1543 m) ; ils y ont dressé une statue de la Vierge tournée vers Tananarive.

La première construction provisoire aura duré 35 ans. Tous les bâtiments du monastère furent renouvelés en dur sur le même lieu, sauf l’église encore en terre crue. Dès 1958 l’hôtellerie a pu accueillir des retraitants et des groupes. Les 3 premiers frères émirent leurs premiers vœux en 1956-57, leurs vœux solennels en 1961 et furent ordonnés prêtres en 1963-64.

jeudi 13 janvier 2011

Une nouvelle naissance pour l'Hôtel de ville de Tana

Le 11 décembre 2010 a été inauguré en grande pompe l'Hôtel de ville de Tana reconstruit. Cette journée et celles qui ont suivi ont été l'occasion de cérémonies et de réjouissances diverses, les autorités ayant fait coïncider l'évènement avec la proclamation de la 4ème République, à la suite du référendum constitutionnel du 17 novembre dernier.


Renaît donc cet édifice initialement construit en 1935 par l'architecte Jean Henri Collet de Cantalou, à qui on doit tous les bâtiments à arcades de l'actuelle avenue de l'Indépendance.
Durant la période coloniale, 40 administrateurs se sont succédé à la gestion de la ville de Tananarive. Les 16 derniers ont exercé leurs fonctions à l'Hôtel de Ville, avant l'arrivée du premier maire malgache en 1956.




En mai 1972 les revendications des étudiants dégénèrent en un mouvement populaire contre le régime de Philibert Tsiranana, le premier président de la République malgache. Le samedi 13 mai 1972 dans la matinée les manifestants incendient l'Hôtel de ville. Durant des heures ,devant des milliers de gens, les flammes ont embrasé le ciel de la capitale sans intervention des pompiers.
Pendant 38 ans la mairie a été dotée d'un siège dans le quartier de Tsimbazaza sans aucun projet de reconstruction de l'édifice détruit. Le champ de ruines est alors converti en jardin public.


Grâce à un appui financier important de la ville de Paris, le chantier peut enfin commencer en 2008 sous la houlette de l'architecte Mamy Rajaobelina.
Le nouvel hôtel de ville n'est pas la copie conforme de l'ancien mais il en a repris l'allure générale, en conformité de style avec les immeubles de l'avenue. On peut regretter que l'aménagement d'une vaste esplanade ait définitivement supprimé la circulation tant piétonne qu'automobile devant le bâtiment, une esplanade ornée de jeux d'eau mais curieusement fermée au public par du grillage...